Le Canada depuis 1914
Deux guerres mondiales, une crise économique, une révolution tranquille et un long débat sur qui est un citoyen à part entière. Le Canada est entré dans le XXe siècle comme un jeune dominion de huit millions d’habitants et en est ressorti parmi les démocraties les plus prospères du monde. Ce chapitre suit ces cent ans, des tranchées au stimulateur cardiaque.
Six cent mille sur huit millions
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L’Allemagne attaque la Belgique et la France en 1914, la Grande-Bretagne déclare la guerre, et Ottawa forme le Corps expéditionnaire canadien, qui deviendra le Corps canadien. Plus de 600 000 Canadiens servent, en majorité des volontaires, dans un pays de huit millions d’habitants. De 1914 à 1920, Ottawa interne aussi plus de 8 000 anciens sujets de l’Empire austro-hongrois, surtout des hommes d’origine ukrainienne, comme « sujets d’un pays ennemi », dans 24 camps de travail.
En avril 1917, le Corps canadien s’empare de la crête de Vimy, une hauteur fortifiée qui avait résisté aux assauts alliés précédents. Dix mille Canadiens y sont tués ou blessés, et la victoire consacre leur réputation de bravoure comme « troupes de choc de l’Empire britannique ». Le 9 avril est le Jour de la bataille de Vimy. En 1918, sous les ordres du général sir Arthur Currie, le Corps canadien avance aux côtés des troupes françaises et de l’Empire britannique à Amiens, le 8 août. Les Allemands ont appelé cette journée « le jour noir de l’armée allemande ». Le Corps poursuit à Arras, au canal du Nord, à Cambrai et à Mons. L’Allemagne et l’Autriche capitulent le 11 novembre 1918. Au total, 60 000 Canadiens sont tués et 170 000 blessés.
Voilà pourquoi le 11 novembre est le jour du Souvenir. Les Canadiens portent le coquelicot rouge et observent un moment de silence à la onzième heure du onzième jour du onzième mois. Le coquelicot vient d’un poème écrit en 1915 par un médecin militaire canadien, le lieutenant-colonel John McCrae : « In Flanders Fields », connu en français sous le titre « Au champ d’honneur ». Plus d’un million de Canadiennes et de Canadiens ont servi sous l’uniforme, et 110 000 y ont laissé leur vie.
Qui avait le droit de vote
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À la Confédération, le droit de vote appartenait aux hommes blancs adultes propriétaires. La Dre Emily Stowe a fondé le mouvement pour le suffrage féminin au Canada et a été la première Canadienne à exercer la médecine au pays, ce qui donne une idée du poids de la porte à pousser. La première victoire vient de l’Ouest : en 1916, le Manitoba devient la première province à accorder le droit de vote aux femmes.
La guerre fait bouger Ottawa. En 1917, le gouvernement fédéral de sir Robert Borden accorde le droit de vote fédéral d’abord aux infirmières du front, puis aux femmes apparentées à des hommes en service actif. En 1918, la plupart des Canadiennes de 21 ans et plus obtiennent le droit de voter aux élections fédérales. Trois ans plus tard, en 1921, Agnes Macphail, agricultrice et enseignante, devient la première femme élue au Parlement. Le Québec met plus de temps et accorde le vote aux femmes en 1940, en grande partie grâce au travail de Thérèse Casgrain.
Deux autres groupes attendaient toujours. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des Canadiens d’origine japonaise ont été déplacés de force et leurs biens vendus sans compensation. L’armée et la GRC avaient pourtant affirmé qu’ils représentaient peu de danger. Le gouvernement du Canada leur a présenté des excuses et les a indemnisés en 1988. Les Canadiens d’origine japonaise obtiennent le droit de vote en 1948, et les Autochtones en 1960. Aujourd’hui, tout citoyen de plus de 18 ans peut voter.
Les années trente et une deuxième guerre
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Les Années folles ont été des années de prospérité, puis le krach boursier de 1929 y met fin. La Grande Dépression qui suit reste dans la mémoire canadienne comme « les années de misère ». Le chômage atteint 27 pour cent en 1933, et ce sont les agriculteurs de l’Ouest canadien qui souffrent le plus, entre les bas prix du grain et la sécheresse. Les Canadiens commencent à réclamer un filet de sécurité sociale : salaire minimum, semaine de travail normale, assurance-chômage. Une réponse durable arrive en 1934 avec la création de la Banque du Canada, banque centrale chargée de gérer la masse monétaire et de stabiliser le système financier.
La Seconde Guerre mondiale commence en 1939, lorsque Adolf Hitler envahit la Pologne. Plus d’un million de Canadiens et de Terre-Neuviens servent, dans un pays de 11,5 millions d’habitants, et 44 000 sont tués. Les premières nouvelles sont mauvaises : de lourdes pertes lors de la défense manquée de Hong Kong en 1941 et du raid raté sur Dieppe en 1942. Dans les airs, l’Aviation royale canadienne participe à la bataille d’Angleterre. Le Canada contribue davantage à l’effort aérien allié que tout autre pays du Commonwealth, et plus de 130 000 aviateurs alliés s’entraînent au Canada dans le cadre du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique. En mer, la Marine royale du Canada mène la longue bataille de l’Atlantique pendant que la marine marchande canadienne nourrit, habille et ravitaille la Grande-Bretagne. À la fin de la guerre, le Canada possède la troisième marine du monde.
Le jour J, le 6 juin 1944, 15 000 soldats canadiens prennent d’assaut la plage Juno et l’arrachent à l’armée allemande. Environ un soldat allié sur dix débarqué ce jour-là est canadien. L’Armée canadienne libère ensuite les Pays-Bas en 1944 et en 1945 et contribue à forcer la capitulation allemande du 8 mai 1945. Le Japon capitule le 14 août de la même année.
Prospérité, pensions et guerre froide
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Le pays revenu de la guerre s’enrichit. Du pétrole est découvert en Alberta en 1947. Dès 1951, une majorité de Canadiens peuvent se payer une alimentation, un logement et des vêtements convenables, et de 1945 à 1970 le Canada connaît l’une des économies les plus fortes des pays industrialisés.
Une partie de cette richesse a servi à financer les programmes que les Canadiens tiennent aujourd’hui pour acquis. L’assurance-chômage, aujourd’hui l’assurance-emploi, a été instaurée par le gouvernement fédéral en 1940. La Sécurité de la vieillesse a été conçue dès 1927, et le Régime de pensions du Canada et le Régime de rentes du Québec sont créés en 1965. La Loi canadienne sur la santé garantit des éléments communs et une couverture de base partout au pays, et l’éducation financée par l’État relève des provinces et des territoires.
À l’étranger, la guerre froide fixe les règles. L’Europe de l’Est passe sous la coupe d’un bloc communiste dirigé par l’Union soviétique du dictateur Joseph Staline. Le Canada contribue à fonder l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord et se joint aux États-Unis au sein du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord. Il adhère aussi aux Nations Unies et participe à l’opération de l’ONU pour défendre la Corée du Sud pendant la guerre de Corée, de 1950 à 1953, où 500 Canadiens meurent et 1 000 sont blessés. Des Canadiens servent aussi dans des missions de maintien de la paix de l’ONU en Égypte, à Chypre et en Haïti, ainsi que dans des opérations en ex-Yougoslavie et en Afghanistan. Ce même conflit amène des gens ici. Environ 37 000 personnes fuient la tyrannie soviétique en Hongrie en 1956, et plus de 50 000 trouvent refuge au Canada après la victoire communiste au Vietnam en 1975.
La Révolution tranquille et deux référendums
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Le Québec traverse dans les années 1960 une période de changements rapides qu’on appelle la Révolution tranquille, et de nombreux Québécois se mettent à souhaiter la séparation d’avec le Canada. Ottawa répond en examinant de près les deux langues du pays. Le Parlement crée la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme en 1963. Ses travaux mènent à la Loi sur les langues officielles de 1969, qui garantit des services fédéraux en français et en anglais partout au Canada. En 1970, le Canada contribue à fonder la Francophonie, l’association internationale des pays de langue française.
La question a été posée deux fois aux électeurs québécois. Ils ont rejeté la souveraineté lors d’un référendum en 1980. En 1982, la Constitution est modifiée sans l’accord du Québec. Un second référendum, en 1995, rejette de nouveau la souveraineté. Le Québec est resté dans le Canada, et le débat fait toujours partie de la vie politique canadienne.
Peintres, athlètes et inventeurs
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L’art canadien a trouvé son sujet dans les forêts du Nord. Le Groupe des Sept, fondé en 1920, met au point un nouveau style de peinture pour les rivières, la roche et la forêt du nord de l’Ontario. Au Québec, les Automatistes sont les pionniers de l’art abstrait moderne dans les années 1950.
Le sport a donné au pays certains de ses moments les plus connus. Le basketball a été inventé par un Canadien, James Naismith, en 1891. La coupe Grey a été offerte par lord Grey, le gouverneur général, en 1909 et reste le trophée du football canadien. En 1972, Paul Henderson marque le but gagnant de la série Canada-Union soviétique, un but que les Canadiens plus âgés savent encore décrire de mémoire. En 1980, Terry Fox, qui avait perdu une jambe à cause du cancer, entreprend son marathon de l’espoir, et en 1985 Rick Hansen fait le tour du monde en fauteuil roulant. Wayne Gretzky joue pour les Oilers d’Edmonton de 1979 à 1988, Donovan Bailey devient sprinter détenteur d’un record du monde et double médaillé d’or olympique en 1996, et Catriona Le May Doan remporte l’or en patinage de vitesse en 2002.
Les Canadiens ont aussi une feuille de route remarquable comme inventeurs. Sir Frederick Banting, de Toronto, et Charles Best ont découvert l’insuline, qui a sauvé 16 millions de vies dans le monde. Alexander Graham Bell a eu l’idée du téléphone dans sa maison d’été au Canada. Joseph-Armand Bombardier a inventé la motoneige, et sir Sandford Fleming le système mondial des fuseaux horaires. Mathew Evans et Henry Woodward ont inventé la première ampoule électrique et en ont vendu le brevet à Thomas Edison. Reginald Fessenden a contribué à l’invention de la radio et a transmis le premier message vocal sans fil au monde. Le Dr Wilder Penfield, neurochirurgien pionnier à l’Université McGill, a été surnommé « le plus grand des Canadiens vivants ». Le Dr John A. Hopps a inventé le premier stimulateur cardiaque. SPAR Aérospatiale et le Conseil national de recherches ont inventé le bras canadien, et Mike Lazaridis et Jim Balsillie, de Research In Motion, ont donné au monde le BlackBerry.
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